Environnement, Esprit critique

L’eau n’est pas de plus en plus polluée, juste davantage surveillée

Article original publié le 12 janvier 2018 pour Ombelliscience sur la plateforme Échosciences Hauts-de-France.


Changement climatique, pollution plastique, chute de la biodiversité… il est aujourd’hui difficile d’être optimiste à propos de quoi que ce soit en matière d’environnement. Pourtant, il existe bel et bien des problématiques qui semblent s’arranger. C’est par exemple le cas du « trou » dans la couche d’ozone qui, suite aux accords du protocole de Montréal, tend à se résorber.

Il se trouve qu’en France, la situation s’améliore aussi pour la qualité de l’eau douce, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. C’est ce qui ressort de la rencontre d’Ombelliscience avec Jean Prygiel, expert étude et innovation à l’Agence de l’eau Artois-Picardie. Créées en 1964, les six Agences de l’eau couvrent la France métropolitaine selon ses bassins versants, avec parmi leurs missions la lutte contre la pollution et la préservation des ressources en eau.

Les six bassins qui constitue la France métropolitaine. © CNRS

Une amélioration sensible depuis les années 70

Dans le bassin Artois-Picardie, la faiblesse des courants dans les cours d’eau ne permet pas une dilution et une autoépuration suffisantes, favorisant l’accumulation de pollutions. Dans les années 70, l’état global des cours d’eau dans le bassin était catastrophique, en particulier dans le Nord, avec ses grands centres urbains et son activité industrielle intense. Il faut dire qu’à l’époque, les réglementations environnementales étaient très limitées voire inexistantes, et les citoyens bien moins sensibilisés qu’aujourd’hui. Jean Prygiel nous rapporte que des rivières et canaux, très pollués et sans vie, étaient sources de nuisances :

 Certaines rivières étaient en piteux état, les riverains se plaignaient des odeurs. On parlait même de vieux projets, heureusement abandonnés avant mon arrivée, visant à recouvrir les cours d’eau. Cela aurait été un véritable aveu d’échec !

Classiquement, les polluants majeurs, ou macropolluants, sont d’origine organique : azote et phosphore. Ces produits sont issus des rejets des eaux usées des villes, de l’agriculture ou de l’industrie. S’agissant de nutriments pour les végétaux, leur accumulation entraîne une prolifération incontrôlée de plantes et d’algues : c’est l’eutrophisation du milieu. La décomposition de ces végétaux est normalement assurée par des bactéries consommant de l’oxygène. En cas de forte pollution et en l’absence de renouvellement des eaux, l’oxygène disparaît, ainsi que la vie qui en dépend, notamment les poissons. La matière organique s’accumule et se décompose alors en l’absence d’oxygène, ce qui crée de mauvaises odeurs.

Pour éviter ces dégradations, des mesures ont été lancées, notamment concernant l’assainissement des eaux usées. Les territoires se sont munis de stations d’épuration, où l’on traite l’azote, le phosphore, et les matières organiques. Celles-ci sont dégradées par des bactéries pour constituer des “boues”, qui seront gérées à part. L’eau, débarrassée de l’essentiel des impuretés, est alors réintroduite dans le milieu naturel. De même, les rejets d’effluents industriels et d’élevage sont à présent largement encadrés. Ces efforts ont été accompagnés au niveau européen par deux directives clés sur la gestion de l’eau en 1991 et 2000.

Ces mesures ont porté leurs fruits : l’amélioration de la composition chimique des cours d’eau remarquée à l’échelle nationale se retrouve dans le bassin Artois-Picardie et le bassin Seine-Normandie, sur lesquels repose la région Hauts-de-France. Les indicateurs biologiques progressent également : l’oxygène en hausse permet à divers organismes, dont les poissons, de repeupler des cours d’eau qu’ils avaient désertés. De nombreuses données sur les différents cours d’eau sont accessibles en ligne, et visualisables via une application pour smartphones et tablettes.

On constate une hausse progressive de l’oxygène dissous et une baisse de la pollution en phosphates depuis 1990 dans le bassin Artois-Picardie. Données extraites le 08/02/18.

Il est néanmoins important de rester attentif car les bassins demeurent affectés par la pollution historique. En particulier, les pollutions métalliques (mercure, cadmium, plomb) se sont accumulées au fil du temps au fond de rivières comme la Deûle qui passe à Lille. Initialement présents sous forme non toxique pour les organismes (non biodisponible), ces métaux risquent de devenir plus toxiques avec le retour de l’oxygène, notamment pour les poissons qui réapparaissent.

Qualité de l’eau potable et substances « émergentes »

L’eau potable de nos robinets vient principalement des nappes (~96% en Artois-Picardie). La qualité de l’eau souterraine fait l’objet d’un double contrôle : d’une part par l’Agence de l’eau pour les normes environnementales, et d’autre part par l’Agence régionale de santé pour les normes sanitaires. Ces exigences élevées font probablement de l’eau le produit de consommation le plus contrôlé qui soit. En France, l’eau potable est de très bonne qualité, comme le montrent les relevés mis à disposition des citoyens, commune par commune.

La population étant toujours plus sensible aux questions de santé environnementale, la qualité de l’eau est un sujet très actuel. Notamment, on nourrit des craintes à propos de substances étiquetées comme « émergentes ». En réalité, ces pollutions ne sont pas nécessairement nouvelles, mais n’étaient pas surveillées auparavant. À mesure que les connaissances scientifiques et les objectifs de qualité progressent, on prête davantage attention à ces micropolluants, dont on découvre les effets à faibles concentrations. Il s’agit typiquement de molécules issues de médicaments ou de pesticides. Sur ce sujet, on pourra mentionner le travail de l’Ineris, qui dispose de rivières artificielles dédiées à l’étude des contaminations.

Rivières artificielles de l’Ineris. Crédit Ineris

Les produits qualifiés de perturbateurs endocriniens (PE), affectant le système hormonal, sont actuellement très étudiés. D’origine naturelle ou synthétique, les hormones se retrouvant dans l’environnement sont par définition des PE pour les espèces sauvages. Les œstrogènes, principales hormones « féminisantes » provenant notamment des rejets domestiques et d’effluents d’élevage, induisent des perturbations des appareils génitaux chez les poissons des rivières soumises aux rejets des stations d’épuration. Si les autres PE, comme certains pesticides et détergents industriels, ont des effets généralement moins prononcés que les dérivés d’hormones, des zones d’ombres subsistent sur les effets de toutes ces substances combinées – le fameux « effet cocktail » – mais la recherche progresse.

Les nappes phréatiques sont affectées par un problème de persistance : les polluants qui ne sont pas dégradés naturellement s’infiltrent petit à petit dans le sol. Il existe donc un phénomène de latence dans l’évolution de la pollution des eaux souterraines. Typiquement, on trouve encore aujourd’hui de l’atrazine, herbicide interdit en 2003, dans les nappes phréatiques.

Conclusion

La qualité de l’eau demeure donc au carrefour d’enjeux sanitaires et environnementaux. Comme on a pu le voir néanmoins, l’impression que tout ne fait qu’empirer constitue largement une illusion. Notre perception est fortement biaisée, du fait d’une sensibilisation et d’une médiatisation qui se sont considérablement développées sur les dernières décennies, suivant les progrès de la connaissance des phénomènes en jeu. Rappeler les graves problèmes sanitaires qui touchaient autrefois la France, et toujours d’actualité ailleurs dans le monde, permet de prendre du recul vis-à-vis des enjeux liés à la qualité de l’eau.

Jean Prygiel rappelle toutefois que le changement climatique, par ses impacts sur les cours d’eau, est susceptible d’accentuer les menaces de pollution sur les écosystèmes. D’une part, une baisse du niveau des cours d’eau pourra les rendre plus chargés en polluants. D’autre part, l’augmentation des températures devrait globalement accélérer les réactions chimiques et biochimiques, favorisant l’eutrophisation et exposant davantage les organismes.

Quoi qu’il en soit, la poursuite de la recherche et le suivi systématique de la qualité des eaux demeurent indispensables. C’est en comprenant mieux les pressions qui s’exercent sur les milieux que l’on pourra déterminer les actions à mener pour continuer d’améliorer l’état des cours d’eau et la qualité de l’eau potable pour tous.

Théo Mathurin

  1. Anonyme

    Source le Monde du 17 juin 2020
    PLANÈTE • POLLUTIONS
    Des résidus de pesticides cancérogènes dans l’eau du
    robinet
    L’association Générations futures rend public, mercredi, un rapport sur la toxicité
    des substances phytosanitaires décelées lors des contrôles des agences sanitaires.
    Par Martine Valo • Publié aujourd’hui à 06h29, mis à jour à 11h39

    Le rapport de Générations Futures a décelé des résidus de pesticides cancérogènes
    dans l’eau du robinet. FRANCK FIFE / AFP

    Le ministère de la santé l’affirme sur son site : « L’eau du robinet est en France l’aliment le plus
    contrôlé ». Depuis son captage dans le milieu naturel jusqu’au consommateur, elle fait l’objet de
    multiples analyses, bactériologiques, radiologiques et vis-à-vis des pesticides.

    Mais cette vigilance ne la met pas pour autant à l’abri de toute contamination. La ressource hydrique pâtit de l’augmentation constante des quantités de substances phytosanitaires disséminées dans l’environnement, dans les rivières et les lacs en surface et dans nombre de captages, jusqu’à apparaître dans les réseaux de distribution.

    Générations futures a fait appel à un ingénieur spécialiste du traitement des données pour se plonger dans les douze millions d’analyses de laboratoires menées en 2019 à partir de plus de
    273 000 prélèvements à la demande des autorités chargées du contrôle sanitaire.
    De cette masse de résultats depuis peu mise en ligne par le gouvernement de façon accessible pour le public, l’association tire un rapport, rendu public mercredi 17 juin, au titre sobre et inquiétant : Des pesticides perturbateurs endocriniens cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques, dans l’eau du robinet en France en 2019.

    Les herbicides surreprésentés
    Sur la totalité des prélèvements, les rapporteurs ont retenu les 9,3 % qui comportent la recherche d’au moins un pesticide et ils se sont concentrés sur ceux − plus d’un tiers − , qui en ont effectivement trouvé à un niveau décelable.

    Dès lors, l’objectif de l’enquête était « d’établir un état des lieux en fonction de l’occurrence et de la toxicité » des 185 substances phytosanitaires décelées au moins une fois.
    Simazine, atrazine : les herbicides y sont surreprésentés.
    Champion toutes catégories, le métolachlore, suspecté d’agir comme perturbateur endocrinien (PE), interdit en France depuis 2003, est repéré au moins 4 250 fois avec ses métabolites.

    Les rapporteurs ont utilisé la liste de l’Union européenne (UE) sur les pesticides pour déterminer ceux considérés comme cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), et ont eu recours à la base de données TEDX qui regroupe plus de 1 700 substances
    soupçonnées d’être des PE.

    Lire aussi : Un meilleur traitement de l’eau potable pourrait éviter plus de 2800 cancers par an en Europe

    Les résidus de pesticides multipliés par leur occurrence donnent un total de 15 990 quantifications.
    Selon ce rapport,
    6 151 d’entre elles sont considérées comme CMR par l’UE (soit 38,5 %) ;
    9 088 (soit 56,8 %) sont suspectées d’être des PE ;
    et 12 551 ont l’une ou l’autre propriété ou les deux à la fois (78,5 %).

    Ainsi, 47 molécules entrant dans la composition de ces phytosanitaires et décelées au moins
    une fois se classent comme CMR (25,4 %), 91 molécules sont suspectées de pouvoir interférer avec notre système hormonal (49,2 %), et 105 entrent dans l’une ou l’autre catégorie, voire les deux (56,8 %).

    Pas de seuil de dangerosité « Cela vaudrait la peine de connaître les quantités de pesticides, mais cela relève de la responsabilité des fournisseurs d’eau et des autorités sanitaires.

    Dans l’ensemble, ce travail est excellent et fait un petit peu peur, observe la célèbre endocrinologue Barbara Demeneix (Muséum national d’histoire naturelle).
    J’ai été surprise par le nombre d’herbicides interdits depuis des années que l’on retrouve encore.
    Le métolachlore en particulier a été remplacé par une substance proche, le S-métolachlore qui
    est aussi un potentiel PE.
    L’Europe devrait imposer que les utilisations de pesticides soient déclarées afin de permettre aux chercheurs de travailler sur leurs effets.
    C’est comme cela qu’en Californie a été établi l’impact de certains organosphosphorés sur la baisse du quotient intellectuel. »
    Lire aussi | Chute de l’intelligence : la piste environnementale relancée

    En France, les concentrations maximales de résidus de produits phytosanitaires dans l’eau du robinet admises par la réglementation sont nettement plus basses que celles des fruits et légumes. Cependant, comme « les effets à long terme sur la santé d’une exposition à de faibles doses de pesticides sont difficiles à évaluer » , selon le site du ministère de la santé, il n’existe pas de seuil de dangerosité défini pour chacun d’eux, mais une limite de qualité établie par précaution pour l’ensemble. Celle-ci est fixée à
    0,1 microgramme par litre (μg/L) pour la quasi-totalité de ces substances et à 0,5 μg/L pour le total des pesticides quantifiés.

    « Ces limites ne sont pas fondées sur une approche toxicologique (à l’exception de quatre substances) et n’ont donc pas de signification sanitaire ; elles ont pour objectif de réduire la présence de ces composés au plus bas niveau de concentration possible » , précise le ministère.
    Dans son dernier bilan annuel, il rapporte que la proportion de personnes alimentées par une eau respectant en permanence les limites de qualité pour les pesticides s’élevait à 90,6 % en 2018, en baisse par rapport à 2017 (93,4 %).

    Envie d’en savoir plus sur les pesticides ?

    Urgence d’obtenir une harmonisation
    Faut-il dès lors se ruer sur les eaux en bouteilles ? « Ce ne serait pas une solution, répond François Veillerette, directeur de Générations futures.
    Cela entraînerait plus de plastique − qui peut migrer dans l’eau − , plus de transport…

    De toute façon, d’ici à quelques années, les pesticides devraient atteindre les nappes souterraines à leur tour.
    Il est urgent en revanche d’obtenir une harmonisation du choix des molécules ciblées lors des contrôles et des méthodes d’analyse utilisées dans les laboratoires agréés. »
    En effet, compte tenu du grand nombre de pesticides autorisés ou de ceux l’ayant été mais qui persistent dans l’environnement et du coût des analyses, chaque agence régionale de santé établit sa propre liste des substances à traquer, en fonction des contextes locaux plus ou moins marqués par l’agriculture intensive, des quantités de pesticides vendues sur place, du nombre de foyers desservis et d’autres critères « sans réelle transparence » , selon Générations futures.
    Lire aussi | La qualité de l’eau se dégrade encore en France

    Ainsi l’Aisne fait procéder à l’analyse de 10,5 pesticides en moyenne par prélèvement, quand le Var en demande 590 !
    Et si ce même département picard trouve neuf résidus quantifiés tandis que son voisin l’Oise en détecte 252, alors que tous deux se caractérisent par des grandes cultures intensives, c’est probablement que leurs ciblages de molécules diffèrent radicalement.
    Dans ces conditions, le risque est grand d’obtenir des « résultats faussement rassurants pour certains départements », souligne le rapport.
    « Cela pose un problème d’égalité entre les territoires, », estime François Veillerette.
    Cependant, la demande la plus urgente de son association est sans surprise qu’une
    « politique efficace de réduction des pesticides soit enfin appliquée ».
    Martine Valo

  2. Anonyme

    L’évaluation de la qualité de l’eau pourrait évoluer en raison des contaminations aux pesticides
    L’Anses vient de rendre un avis sur les métabolites de pesticides, qui étaient jusqu’à présent officiellement limités sous un seuil unique.
    Par Martine Valo Publié hier à 19h39, mis à jour à 07h20
    Lecture 3 min.

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    En France comme ailleurs, l’état des eaux de surface comme des nappes souterraines se dégrade sous l’effet des pesticides disséminés dans l’environnement. Les règles qui régissent l’alimentation de nos robinets doivent-elles pour autant évoluer au fur et à mesure de l’apparition de nouvelles contaminations ? Mardi 7 mai, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) présentait son avis sur les métabolites – des composés produits par la dégradation de divers pesticides – publié mi-avril.
    Certains sont des héritages d’herbicides, interdits depuis des années comme l’atrazine, dont les résidus restent très présents dans les sols. D’autres résultent d’insecticides épandus dans les cultures, voire de divers biocides, utilisés dans le traitement du bois par exemple. La diffusion de ces substances chimiques étant généralisée dans l’environnement, les résultats de leur transformation le sont aussi. Environ 700 pesticides et une quarantaine de métabolites sont recherchés lors des analyses destinées à contrôler la production des eaux brutes destinées à la consommation humaine.
    Lire : La qualité de l’eau se dégrade encore en FranceLire aussi  Tout ce qu’il faut savoir sur les pesticides
    Mais est-il pertinent de considérer de la même façon toutes ces substances ? Tel est le sens de la saisine de l’Anses par la Direction générale de la santé, fin 2015, au sujet des métabolites.
    Or, jusqu’à présent, la question ne se posait pas. Depuis les années 1980, la France applique un principe de précaution dans sa politique de l’eau. Pesticides et métabolites sont soumis aux mêmes exigences : aucune molécule, seule, ne doit dépasser le seuil de 0,1 microgramme par litre, tandis que leur somme doit rester inférieure à 0,5 μg/L afin d’éviter tout « effet cocktail ». Le rapport de l’Anses rappelle que l’idée de cette limitation à une valeur unique est de « réduire globalement l’utilisation des pesticides et donc indirectement de protéger les ressources en eau ».
    On sait désormais que cette réglementation n’a pas suffi. Résultat : les contaminations sont telles que certaines agences régionales de santé ne savent plus que faire d’eaux brutes affichant régulièrement des taux trop élevés de métabolites de pesticides. D’où l’idée qu’il faudrait en maintenir certains (nommés « pertinents » dans le rapport) sous le seuil de 0,1μg/L et de permettre à d’autres (les « non-pertinents ») d’atteindre 0,9 μg/L. Sur neuf métabolites de deux substances herbicides (dont une non autorisée dans l’Union européenne) qu’il lui avait été demandé d’étudier, l’Anses en classe trois dans la première catégorie, des plus toxiques, et six dans la deuxième.
    Les associations inquiètes d’une possible nouvelle tolérance
    Ce travail a fait réagir les associations Alerte des médecins sur les pesticides et Générations futures. Elles s’inquiètent d’une possible nouvelle tolérance : la Direction générale de la santé s’apprête-t-elle à revoir à la baisse ses exigences ? Cette dernière n’a pas répondu aux sollicitations du Monde. Les deux associations dénoncent « une régression » qui permettrait « une pollution des ressources en eau toujours plus importante ». Et « demandent au gouvernement de ne pas adopter ce changement d’approche contraire à l’esprit de la loi et potentiellement dangereux pour notre santé et notre environnement ». Elles s’émeuvent enfin des connaissances insuffisantes sur le « potentiel de perturbation endocrinienne » et les « effets des mélanges de pesticides et/ou métabolites », comme l’écrivent les auteurs du rapport eux-mêmes.
    « Lorsque les seuils ont été fixés en 1983, ils correspondaient à une limite détectable », rappelle Matthieu Schuler, directeur de l’évaluation des risques à l’Anses :
    « Lorsque la directive européenne a été révisée en 1998, Paris a choisi de les maintenir pour protéger la ressource, même si des progrès technologiques ont été accomplis depuis. »
    Tous les Etats-membres ne l’appliquent pas uniformément, car la réglementation européenne est souple.
    « Il semble qu’une discussion soit ouverte entre les gouvernements à ce sujet, mais notre mission à nous est juste de fournir une méthodologie pour déterminer la toxicité des métabolites, en fonction de l’examen de leurs caractères cancérogènes, génotoxiques, etc. Nous avons donc commencé par recenser la littérature scientifique les concernant. »
    Mais qu’en est-il des études manquantes ? Il est peu probable que les informations sur des herbicides aujourd’hui interdits soient complétées à l’avenir par leurs fabricants.
    Au passage, cet avis révèle une lacune dans la transparence de l’évaluation de la politique de l’eau en France. Générations futures et FNE avaient été invitées pour être auditionnées. Mais avec leurs moyens limités, les associations ne peuvent répondre à toutes les sollicitations. Les professionnels des fédérations des entreprises de l’eau et du secteur des pesticides membres de l’Union des industries de protection des plantes étaient, eux, bien présents.
    Lire : « La qualité de l’eau au robinet a un coût »
    Martine Valo

  3. Anonyme

    Voyez-vous, j’ai suivi il y a déjà près de quinze ans l’affaire du chlordécone, aux Antilles. L’histoire est presque incroyable, car les autorités ont accepté l’usage dans les bananeraies d’un insecticide pourtant interdit aux États-Unis. La chronologie compte. En 1974 commence un scandale sanitaire dont on parlera dans le monde entier. Dans l’usine étasunienne qui fabrique le chlordécone, à Hopeville, des dizaines de travailleurs sont atteints de troubles neurologiques graves. On apprend ensuite que toute la région, via la James River, où l’on a jeté des milliers de tonnes de déchets souillés, est gravement contaminée. D’où l’interdiction prononcée en 1976.
    La canne à sucre, constamment aspergée par au moins une quinzaine de produits différents

    Mais aux Antilles françaises, quatre ministres de l’Agriculture successifs accordent à partir de 1981 une effarante autorisation de mise sur le marché (AMM), suivie de dérogations qui se poursuivront jusqu’en 1993. Le bilan, en cette année 2019, est atroce : très stable chimiquement, le chlordécone est présent dans les sols pour des centaines — centaines ! — d’années. Et la Martinique détient le record du monde du nombre de cancers de la prostate.

    Moi, je suis sûr qu’il se passe quelque chose de grave à La Réunion. Certains pesticides interdits dans l’Union européenne sont épandus chez vous, comme l’attestent des déclarations officielles. Et que dire de la canne à sucre — près de 60 % de la surface agricole utile de l’île —, constamment aspergée par au moins une quinzaine de produits différents ? Parmi eux, le célèbre Roundup, plus toxique encore que sa principale matière active, le glyphosate. Ou encore l’asulox, retiré du marché européen depuis 2012, mais qui continue à obtenir des dérogations annuelles par le ministère de l’Agriculture sous pression des planteurs de canne. Et ce dicamba, objet de milliers de plaintes de paysans aux États-Unis ?

    Pour savoir ce qui se passe vraiment à La Réunion, il faudrait commencer par chercher. La seule certitude, c’est que les eaux de l’île sont gravement polluées. Les derniers rapports officiels montrent la présence de dizaines de pesticides dans la plupart des eaux de surface ou souterraines. Et parmi eux, des molécules pourtant interdites, comme le métolachlore ou l’atrazine déséthyl, métabolite de l’atrazine.
    On a cassé le thermomètre, et dès lors, personne ne peut dire quelle est la contamination réelle

    Que font nos responsables ?À peu près rien, ce qui donne une idée de la puissance des lobbies. Dans le journal en ligne Zinfos974, je lis ces mots tout de même sidérants : « “Il n’y a pas d’analyse de contamination du sol par les phytosanitaire”, nous précise la chambre d’agriculture. » De son côté, l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA) admet sans hésiter : « Pour l’instant, nous ne réalisons pas de surveillance de pesticides dans l’air. » Faute de moyens. Quant à l’Agence régionale de santé (ARS), elle s’estime incompétente pour parler de la question.

    La réalité est simple : on a cassé le thermomètre, et dès lors, personne ne peut dire quelle est la contamination réelle de cette île chère à mon cœur. Compte tenu des quantités énormes de pesticides épandus — les classements régionaux placent La Réunion au premier rang —, il est certain que la situation est grave. On peut déjà imaginer ce qu’il va advenir de la métropole soumise aux même lobbies.

  4. Anonyme

    Bonjour,
    Je vous invite a regarder cette page ou l’on voit l’évolution de la pollution au point de puisage pour l’eau potable. Je vous laisse définir si ça empire ou s’il s’agit d’une illusion !…
    Il est a noté qu’il s’agit d’un unique bassin versant. Mais de données bien réelles.
    https://www.smap22.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=69&Itemid=287
    Il me semble que nous avons du souci a nous faire.
    Belle journée
    JM

  5. Anonyme

    Dans ma région on a focalisé sur les nitrates depuis 20 ans.
    les nitrates sont des molécules de la vie.
    Dans le sens ou l’azote ente dans la composition ds acides aminés et que les nitrates sont donc favorable a la croissance des organisme.
    Mais non! en trop grandes quantités les nitrates conduisent a une croissance trop importante. il en résulte une eutrophisation du milieu @%¤ .
    Diantre.
    Aujourd’hui apparaissent dans l’eau des molecules non moins sympa les pesticides.
    Ces molecules ne sont pas des molécules de vie mais bien des molecules destinées a tuer des herbes, des insectes, ou des champignons.
    Nous voilà confronter a des molecules de mort qui très stables s’accumulent dans les sédiments après avoir séjourner dans les sols (qui eux même s’appauvrissent, sont lessivés et érodés).
    Alors après les efforts fait sur les nitrates et les résultats « positif » (toute chose étant relative par ailleurs) Nous voilà confronté a un nouveau problème de taille pour l’écosystême dont nous faisons partie.
    Ma région est très agricole, très très…
    Kenavo

  6. ll

    Dormez bonnes gens, dormez….
    Nos corps contiennent de plus en plus de polluants, et je suis bien placée professionnellement pour le savoir, mais l’eau est de plus en plus propre, cherchez l’erreur.

    « parmi les 27 métaux testés, l’article rapporte une augmentation sur seulement deux d’entre eux »

    Oh mais c’est pas grave du tout alors, vous nous rassurez. Même si les autres sont en baisse, l’eau est vraiment plus propre alors. C’est vrai que les populations aquatiques ne se sont jamais aussi bien porté. Ce que vous n’arrivez pas à comprendre, c’est que la pollution était très visible et très incommandante à l’ère industrielle, et que maintenant elle est insidieuse, transparente presque. Une eau peut paraître tout à fait limpide, et être saturée en molécules hormones-like, en résidus de pesticides (leur courbe à eux ne « s’inverse » pas) et médicamenteux diverses. C’est surtout le cocktail qui est détonnant, comme dit dans l’article. Le « mais la recherche progresse » est digne d’une naîveté affolante qui attend le Messie. Polluant, mais la recherche progresse…

    Si la concentration de polluants augmente dans les petits organismes comme les insectes, au point d’être en train d’éradiquer des populations entières, et par la suite les populations d’oiseaux insectivores, ce serait un tour de passe-passe magique qu’elle baisse dans les eaux.

    Les pollutions aux métaux lourds pourraient être appelées « historiques » si et seulement si, elles avaient cessé. Allez faire croire ça à d’autres.
    Beaucoup de choses non scientifiques dans cet article, beaucoup d’opinions personnelles rien moins que partiales, comme les « mais la recherche progresse ». Plein de contradictions également. Les substances chimiques n’étaient peut-être pas surveillées avant, mais l’effet cocktail, du fait du petit nombre de substances toxiques, était testable et à terme prévisible. Avec un nombre incalculable de perturbateur, la science progressera mais, le temps de tester toutes les combinaisons, il y a beau temps que nous on n’y sera plus.

  7. Jean Ba

    Super, ca doit être pour ca qu’elle contient de plus en plus de métaux lourds alors… :

    http://www.acseipica.fr/analyses-deau-de-pluie/

    • Théo

      Cette analyse concerne une seule localisation spécifique. De plus, parmi les 27 métaux testés, l’article rapporte une augmentation sur seulement deux d’entre eux. Doit-on penser que tous les autres sont en baisse ?
      Dans tous les cas, cela ne pèse pas lourd face aux estimations du Citepa, pour l’ensemble des émissions sur le territoire national
      https://www.citepa.org/fr/air-et-climat/polluants/metaux-lourds

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