L’effet Dunning-Kruger : « Moins on en sait sur un sujet, plus on surestime notre connaissance de ce sujet ». Dit autrement, lorsqu’on ignore tout, on ne se rend pas compte que l’on est ignorant. Ce « biais cognitif » a été établi expérimentalement et confirmé à plusieurs reprises, sur des sujets et tâches diverses, et dans des pays différents. Cet effet était déjà intuitif pour Charles Darwin pour qui « l’ignorance engendre plus souvent la confiance en soi que ne le fait la connaissance ».

Sur l’image, la « performance » représente le classement d’un individu lors d’un test par rapport aux autres participants à ce test. Ainsi, la « performance perçue » représente l’estimation que l’on fait soi-même de son propre rang.

Il est probable que la plupart des gens considère au moins être aussi compétent que la moyenne dans de nombreux domaines, et cette facteur lié à l’égo doit probablement expliquer une part de cet effet. L’explication au phénomène qui a été proposée par ses découvreurs est que les personnes les moins compétentes n’ont pas le moyen de se rendre compte à quel point elles ignorent un sujet donné, car elles n’ont aucun sens de sa profondeur et de sa complexité. De plus, être dans l’ignorance ne veut pas dire que l’on entretient aucune conviction ou idée sur la question. Au contraire, des croyances et discours peuvent donner l’illusion de connaissance.

Pour se rendre compte de cela, il suffit de penser à un domaine sur lequel on s’estime soi-même expert ou du moins avec lequel on est relativement familier. Ce domaine n’a pas à être lié à un savoir classique, mais peut-être toute activité, hobby ou sujet d’intérêt personnel pour lequel on dispose d’une connaissance ou d’un savoir-faire particulier. Essayons à présent d’imaginer le niveau de connaissance d’un individu moyen sur ce domaine. Non seulement ce niveau est faible, mais en plus cette personne n’a pas idée de l’étendue de la connaissance qu’il n’a pas.

Ce qu’il faut garder en tête, c’est que pour tout sujet dont on n’est pas expert, chacun d’entre nous se trouve dans cette position d’ignorance et potentiellement d’inconscience de cette ignorance. Tout le monde est inconsciemment victime de l’effet Dunning-Kruger, et ce n’est d’ailleurs pas une question d’intelligence. Il convient donc de faire preuve de prudence et de prendre conscience des imperfections de notre fonctionnement par défaut, afin de tenter de corriger ces biais. Car l’effet Dunning-Kruger n’est pas une fatalité, à condition d’en avoir connaissance et de veiller à lutter contre cette tendance.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire ce très bon article, qui est une traduction que l’on doit à Sceptom, ou bien consulter le très bon podcast de Nicolas Gauvrit sur ce thème !