Avec la campagne pour l’élection présidentielle en France, le sujet de la légalisation du cannabis a refait surface, et l’opinion publique y semble de plus en plus favorable. Pour rappel, ce produit est, après le tabac et l’alcool, de loin la drogue la plus consommée par les Français, qui sont les plus gros fumeurs d’Europe.

Tantôt présentée comme une drogue dangereuse, tantôt comme un remède miracle, de nombreuses idées reçues persistent à son sujet. Cet article n’a pas pour but de se prononcer sur la question de la légalisation, mais seulement d’exposer quelques idées reçues autour des effets du cannabis sur la santé à la lumière des données scientifiques les plus récentes.

Une drogue dangereuse ?

Bien entendu, tout dépend de ce que l’on entend par « dangereux ». En pratique, si on le compare à d’autres produits, on peut dire que le cannabis n’est clairement pas la drogue la plus dangereuse. En effet, rappelons que deux drogues légales, à savoir le tabac et l’alcool, sont les deux premières causes de décès « évitables » en France où ils font à eux deux plus de 120 000 morts par an. En comparaison, les décès directs imputables au cannabis sont rares s’ils ne sont pas inexistants. S’il peut être impliqué dans des décès accidentels, il n’est pas évident que le cannabis seul augmente le risque d’accidents de la route. Enfin, bien que la distinction entre « drogue dure » et « drogue douce » soit arbitraire, le cannabis est bien moins dangereux et addictif que l’héroïne ou la cocaïne. Néanmoins, la consommation de cannabis n’est pas non plus anodine et présente certains risques.

Classification des drogues par Nutt et al. (plus un produit est haut, plus il est addictif, plus il est à droite, plus il est nocif). Le cannabis y figure favorablement par rapport à l’alcool, le tabac, la cocaïne et l’héroïne.

Les effets néfastes sur le plan corporel concernent principalement les modes de consommation où l’on inhale la fumée de cannabis. Pour le cancer, si l’impact du cannabis seul est difficile à estimer, la fumée provenant de sa combustion contient les mêmes substances cancérogènes que la fumée de cigarette. De plus, le cannabis est le plus souvent fumé avec du tabac, sans filtre, et il faut également compter les produits de coupe (concernant le haschich) qui peuvent être plus ou moins nocifs. Des risques ont également été rapportés pour la fertilité et la grossesse dans le cas d’une consommation chronique.

Il existe aussi des risques sur le plan psychique. En dehors des effets mineurs (troubles de l’attention, de la réactivité, de la coordination…), un excès peut aboutir à des crises d’angoisse, ou bad trips, avec symptômes délirants et hallucinatoires. Chez les individus déjà vulnérables, le cannabis peut provoquer la survenue de troubles psychiatriques comme la schizophrénie, les troubles anxieux et bipolaires et favorise leur évolution. En cas de consommation chronique, une dépendance peut s’installer même si celle-ci est comparativement faible. Il est également fortement déconseillé de consommer du cannabis trop jeune, car celui-ci affecterait négativement le développement du cerveau.

Un remède miracle ?

En parallèle des faibles risques liés à une consommation occasionnelle de cannabis, on lui attribue aussi des vertus thérapeutiques, souvent mises en avant par les partisans de la légalisation.

Exemple typique de discours reliant les vertus du cannabis à son interdiction, car cela dérangerait l’industrie pharmaceutique.

En fait, quand on se penche sur la question, on se rend compte qu’il demeure beaucoup d’incertitudes, ainsi plusieurs des affirmations de l’image ci-dessus sont exagérées ou infondées. Malgré les difficultés que rencontrent parfois les chercheurs voulant étudier le cannabis, il existe une littérature scientifique conséquente sur le sujet, récemment synthétisée par l’Académie américaine des sciences.

Pour commencer, rappelons que le cannabis est une plante contenant de nombreuses molécules, dont certaines sont appelées cannabinoïdes (les principales étant le THC et le CBD). La recherche étudie souvent les effets d’un cannabinoïde à la fois, afin de mieux cerner les molécules aux effets recherchés. De plus, le mode d’administration thérapeutique est le plus souvent oral ou par inhalation de vapeurs. Ainsi, les résultats ne sont pas systématiquement extrapolables au cannabis fumé.

La seule certitude dont on dispose à l’heure actuelle sur le cannabis fumé, c’est qu’il semble utile pour lutter contre les douleurs chroniques. La recherche se poursuit dans le but d’identifier les contre-indications et de déterminer la sûreté et l’efficacité à long terme, notamment en comparaison avec les antidouleurs traditionnels ou les cannabinoïdes synthétiques. Les médecins disposent néanmoins de quelques recommandations préliminaires pour la prescription du cannabis fumé.

Rapidement, voyons ce que l’on peut dire sur les indications mentionnées plus haut.

  • Cancer : bien que certains résultats de cannabinoïdes sur des cellules tumorales paraissent encourageants, il n’y a pas de preuve que l’une de ces molécules puisse soigner les cancers. En effet, les résultats d’études in vitro sont loin d’être immédiatement transposables à l’humain. Par contre, le Dronabinol (THC synthétique) est autorisé en France, notamment pour la réduction des nausées et vomissements liés aux chimiothérapies.
  • PTSD : Des études préliminaires ont montré une réduction des cauchemars chez des patients en état de stress post-traumatique lors de l’administration d’un THC synthétique, bien que ces résultats nécessitent d’être répliqués sur une plus large population, ils semblent prometteurs.
  • Épilépsie : il semblerait que le CBD soit une piste intéressante notamment pour certaines formes graves d’épilepsie, la recherche est encore en cours.
  • Anxiété et dépression : il n’y a pas à ce jour de preuve suffisante sur le traitement de l’anxiété ou de la dépression par le cannabis ou les cannabinoïdes. Comme mentionné plus haut, la consommation de cannabis peut au contraire parfois déclencher ou aggraver certains troubles latents.
  • Glaucome : bien que le THC puisse diminuer la pression intra-oculaire, son effet de courte durée et les effets secondaires rendent son usage non recommandé, d’autant qu’il existe déjà des traitements efficaces.

Conclusion

Quelles que soient les sensibilités dans le débat sur la légalisation du cannabis, il est important de garder un propos nuancé et documenté, plutôt que de répéter des idées reçues. Par exemple, la légalisation ne paraît pas mener à une explosion de la consommation, ni à une réduction drastique. Concernant les effets sur la santé également, les opposants comme les partisans ont tendance à avoir une vision déformée de la réalité, plus favorable à leur point de vue, ce qui est assez classique dans ce genre de débat.

La recherche sur le cannabis et ses dérivés est toujours en cours. Ce qu’on peut dire, c’est qu’ils paraissent prometteurs sous certains aspects, sans pour autant pouvoir parler de solution miracle. Il faut par ailleurs rappeler que s’il s’avère qu’un cannabinoïde a des vertus, cela ne veut pas dire que fumer des joints permette d’en bénéficier, et ce sans effets secondaires. La balance bénéfice/risque sera d’ailleurs différente selon le mode de consommation (voie orale, fumé, vapeurs…).  Pour finir, les effets bénéfiques ou nocifs seront évidemment fonctions de la fréquence de consommation et des doses consommées.