Santé

Le culot de Boiron suite au décès d’un enfant traité à l’homéopathie pour une otite

L’Italie est actuellement agitée par une profonde controverse autour des apports de la médecine moderne comme la vaccination ou les antibiotiques. Récemment, l’actualité a été marquée par le décès d’un enfant de 7 ans suite à une otite bilatérale traitée à l’homéopathie.

Après deux semaines durant lesquelles l’infection a progressé, le jeune Francesco a été conduit à l’hôpital où il a été déclaré en état de mort cérébrale. L’autopsie a conclu qu’une encéphalite était responsable du décès et un lien avec l’absence de traitement de l’otite est suspecté. Dans tous les cas, les yeux se tournent vers les parents et surtout le médecin homéopathe Massimiliano Mecozzi qui n’a pas voulu prescrire les antibiotiques qui s’imposaient. Il se trouve aujourd’hui en bien mauvaise posture dans la procédure judiciaire engagée à son encontre. Pour situer un peu, mentionnons que Mecozzi avait quitté la médecine pour s’impliquer dans un mouvement sectaire complètement fantaisiste. Après avoir réintégré la profession, il pratiquait l’homéopathie et avait déjà traité Francesco dans le passé.

Qu’en dit Boiron ?

Suite à ces événements, Christian Boiron, directeur du groupe leader mondial de l’homéopathie portant son nom, a donné une interview au Corriere della Sera. Étant donnée la situation délicate, on pourrait s’attendre à ce qu’il mette explicitement en garde les patients contre le recours exclusif à l’homéopathie, en navigant prudemment à travers les questions posées. Au contraire, M. Boiron fait preuve d’un culot incroyable en trouvant le moyen de vanter l’homéopathie.

Questionné au sujet du décès de Francesco, voici sa réponse :

Je ne sais pas si, dans ce cas, la question est le diagnostic ou le traitement, si le problème est le médecin ou les parents qui ne l’ont pas rapidement amené à l’hôpital. Ce qui est certain, c’est que si une personne meurt après un traitement allopathique, personne ne blâme les soins. Malheureusement, deux millions de personnes meurent à cause de ça chaque année dans le monde, et personne ne dit rien.

Outre l’absence apparente d’hommages ou de condoléances, M. Boiron reste vague et brouille les pistes en évitant complètement le sujet. Au lieu de répondre, il rabat la discussion sur la médecine conventionnelle, que les homéopathes appellent souvent « allopathie ». Ce que M. Boiron entend par ces deux millions de décès n’est absolument pas clair, et il nous a été impossible d’en retrouver la source. De plus, si on voulait vraiment faire un parallèle avec la médecine conventionnelle, la vraie question serait plutôt de savoir combien de personnes décèdent annuellement d’une otite prise en charge correctement (indice : zéro ?). Le scandale autour du décès de Francesco, c’est le côté a priori complètement anodin de l’otite.

Il est clair que pour certains symptômes bénins et fréquents, je préfère souvent recommander un médicament homéopathique. On a parfois tendance à en faire trop avec les antibiotiques, surtout chez l’enfant, même quand il ne sont pas nécessaires. Mais la clé, c’est la synergie.

Il est indéniable que le mauvais usage d’antibiotiques est préjudiciable, à la fois pour les patients mais également pour les conséquences sur l’apparition de résistances bactériennes (cf. bactéries multirésistantes). C’est un problème, certes, mais c’est encore une fois hors sujet et M. Boiron persiste à essayer de faire diversion. Enfin, il mentionne la notion de synergie, comme si le fait de combiner médicament classique et homéopathie avait un intérêt, ce qui n’est pas démontré. Par contre, c’est là que M. Boiron manque l’occasion de faire preuve de responsabilité : il aurait pu rappeler explicitement que l’homéopathie ne doit jamais se substituer à un traitement classique nécessaire (ce qui était manifestement le cas pour Francesco).

À sa décharge, il rassure la journaliste en précisant que selon lui l’homéopathie ne peut pas traiter le cancer (!) puis poursuit :

[Pour le cancer,] il y a des cas où le patient a des problèmes de tolérance à l’égard de certains traitements comme la radiothérapie, et les médicaments homéopathiques peuvent aider à les supporter. De plus en plus de médecins choisissent de compléter la thérapie conventionnelle par un traitement homéopathique.

Les preuves de l’efficacité de l’homéopathie pour atténuer les effets indésirables des traitements anticancéreux sont faibles et ne justifient pas l’affirmation pleine d’assurance de M. Boiron. Les conclusions des études disponibles sont négatives pour la plupart des effets indésirables considérés, sauf deux d’entre eux pour lesquels des résultats positifs préliminaires sont rapportés. Ils méritent d’être répliqués avant de pouvoir conclure. De plus, il n’est pas certain que les traitements en question soient réellement homéopathiques, car peu dilués (d’où les effets potentiels). Du reste, mentionnons qu’il existe des solutions réellement efficaces pour soulager et réduire les effets secondaires des traitements anticancéreux (y compris certains dérivés du cannabis). Par ailleurs, même si c’était vrai, le fait que l’homéopathie rencontre un succès grandissant auprès des médecins n’est pas un argument en sa faveur.

Le problème, c’est qu’en 200 ans l’homéopathie n’a cessé d’évoluer. Il y a cent ans les homéopathes pensaient qu’ils pouvaient tout traiter avec l’homéopathie. Ce n’est pas possible, tout comme on ne peut pas tout guérir avec les antibiotiques.

Non, le problème de l’homéopathie, c’est exactement le contraire : ses principes absurdes n’ont pas évolué depuis son invention il y a plus de 200 ans, et une partie de la pharmacopée date également de cette période. Pour finir, cette énième mention des antibiotiques nous rappelle que la seule manière qu’a M. Boiron de dissimuler les cruels manquements de l’homéopathie, c’est de cibler arbitrairement les antibiotiques et de mentionner des limites de la médecine conventionnelle que personne ne remet en question.

En conclusion, cette interview a permis d’avoir un aperçu intéressant de l’attitude de la direction de Boiron dans une situation où l’homéopathie est mise sous un jour défavorable. Il est honnêtement difficile de savoir si M. Boiron lui-même pense vraiment que les préparations homéopathiques sont efficaces, ou s’il adopte une attitude cynique consistant à promouvoir des produits qu’il sait pertinemment inefficaces.

14 Commentaires

  1. Uriel

    L évolution de l homme et la complexité à penser par lui-mème n ‘est pas pour demain ! Que de croyances fausses, nous sommes dans un système régressif à vouloir croire que la médecine Allopathique « classique » et la seule qui soigne et ne tue pas !? Une ignorance éducative que nous recevrons au quotidien .Nous passons hélas à côté d’une source puissante que sont les medecines parallèles ^^ mais chaque être humain à une évolution différente d ou la méconnaissance voir le rejet de ses différentes approches soignantes.

  2. Anonyme

    Une réaction tardive à cet instructif article et à ces commentaires :
    La question éthique de la prescription et de la délivrance organisées de Placebo (homéopathie, Reiki et consorts) se poseraient si les patients étaient informés de la nature et des principes qui guident ces « traitements « .
    Étant donné la mauvaise connaissance du public sur ces sujets (l homéopathie, c est rien que des plantes. L énergie vitale circule dans toute chose. …,), je penche plutôt pour la tromperie !
    La médecine moderne peut elle revenir à des pratiques paternalistes d un autre temps où peut elle soigner sans tromper ?

  3. Ughetto

    Attaque sur l’Homéopathie , bien curieuse ?
    Quand M. Boiron , signale les dégâts de l’allopathie a – t’il tort ?
    Non en 1988 , pour la France seule , cette année là , chiffre avoué : 18 000 morts
    «  » Accidents iatrogènes :Les différentes enquêtes entreprises sur le sujet des A.T.M. ( accidents thérapeutiques médicamenteux) ont montré que faute de de service d’épidémiologie efficace ,le chiffre de 18 000 décès obtenu pour la France, est certainement
    minoré , pour ne pas affolé les consommateurs «  »
    Faut-il rappeler , les «  » scandales pharmaceutiques «  » qui se suivent avec régularité ?
    Après le laboratoire Servier – 2000 morts estimés – , puis la Dépakine ( sorti par le Canard Enchainé , sinon silence ! ) , la liste des  » médicaments  » tueurs et dangereux est assez longue !
    Quand aux dilutions Homéopathiques : oui il y le nombre d’Avogadro ; mais c’est de la Chimie , en France la chimie a commencé sous la royauté , depuis les notions sur le corps
    humain ont – heureusement – évolués !

  4. Tamer

    Personne ne remet en cause les limites de la médecine conventionnelle?! Da fuq is that bullshit bra? qu’est ce je fous la moi!
    J’imagine que tu (oui tu rien a foutre si ca te pose pb, plus aucun pays ajd ne conserve cette forme antidaté appart nous) va me demander des liens pour prouver cela, bah écoute non je ne vais pas chercher, mais c est a peu pres certain que cette assertion est nulle et non avenue.
    Ciao!

    • Théo

      Pourquoi tant d’agressivité ?

      Effectivement, personne ne peut s’opposer à l’idée que les antibiotiques ne peuvent pas tout soigner et qu’en abuser pose des problèmes, ou encore à l’idée que les médicaments peuvent avoir des effets secondaires etc.

  5. Artemys

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’analyse. Certes, l’homéopathie ne contient rien d’actif mais vous négligez un point crucial : les placebos ont un effet. Il n’y a pas de doute scientifique là dessus. Vous êtes médecin, vous recevez en consultation un môme avec un rhume bénin qui ne nécessite pas d’antibiotique MAIS les parents veulent absolument un « traitement » pour leur enfant-chéri, un peu d’oscillococcinum fera parfaitement l’affaire. Pour le cas présent, on ne prescrit pas tout de suite d’antibiotique à un enfant de 7 ans pour une otite bénigne sans symptômes aigus. Si le médecin a été consulté au tout début et n’a rien prescrit (ou de l’homéopathie), pourquoi pas ? Si par contre il n’a toujours rien fait après 2/3 jours ou en cas d’aggravation des symptômes, c’est une erreur gravissime. Bref, il faudrait connaitre le contexte exact pour juger.

    • Théo

      Bonjour et merci de votre commentaire.

      Pour avoir arpenté la question de l’homéopathie en long en large et en travers, je ne néglige pas la question du placebo. Le fait est qu’on se méprend souvent sur ce qu’est réellement l’effet placebo. Il semble qu’il ne s’agisse pas majoritairement d’une amélioration réelle de la situation due à la prise du placebo mais une combinaison de plusieurs effets dont la disparition naturelle des symptômes et une amélioration de la perception subjective de ces symptômes par le patient (voir cet article pour une analyse plus fine).

      De là se pose une question éthique : est-ce qu’un médecin doit prescrire de la poudre de perlimpinpin pour satisfaire ses patients ou bien les considérer comme des adultes et leur expliquer la situation ? Si le but est d’utiliser un placebo pour un enfant dans le cas où un traitement classique n’est pas nécessaire, pourquoi ne pas simplement lui donner un bonbon, un verre d’eau ou un bisou magique à la place ? Ou alors, pourquoi ne pas développer une filière de médicaments placebo à bas coût contrôlée par l’État plutôt que d’enrichir une entreprise au business lucratif basé sur du vent ? Car vous mentionnez l’Oscillococcinum, mais vous n’êtes pas sans savoir que c’est un médicament particulièrement cher (de plus, partiellement remboursé par la Sécurité sociale sur ordonnance…).

      En l’occurrence, pour le cas de Francesco, le médecin a continué de dire qu’il ne fallait pas utiliser d’antibiotique durant deux semaines, même lorsqu’il a été décidé de l’amener à l’hôpital. Le contexte précis est donc bien clair, et l’analyse faite dans cet article me paraît donc appropriée.

      • Artemys

        Nous sommes bien d’accord. Je ne connaissais pas le contexte et les deux semaines qu’avait mis le médecin pour réagir (ce serait peut-être bien de le rajouter dans l’article). Évidemment, c’est une faute énorme.

        Pour le reste, vous mettez le doigt sur tout le paradoxe de l’homéopathie en tant que placébo (que je connais bien aussi). Est-ce qu’un bonbon, un verre d’eau ou un bisou magique suffirait pour produire les même effets sur un enfant ? Probablement. Mais pas sur les parents. Le « remède » proposé ne suffirait pas à influer sur leur comportement. Plusieurs études montrent que l’homéopathie « marche » aussi sur les animaux. Pourquoi ? Parce que l’éleveur qui fait une démarche pour soigner ses animaux par homéopathie modifie en parallèle son comportement. Il devient plus attentionné, plus présent, ce qui à une influence positif sur le cheptel. L’amélioration est ensuite mise sur le compte de l’homéopathie à tord, mais on reste toujours sur l’effet placebo. L’état pourrait très bien vendre lui-même des placebos, non remboursé et à très bas prix, c’est vrai. Sauf que voila : l’efficacité du placébo vient aussi du fait qu’il est cher, partiellement remboursé, et soutenu par des marques comme Boiron qui le défend avec un argumentaire à double-sens rempli de considérations scientifiques bancales. Pour que les effets psychosomatiques du placebo puissent exister, il faut que le patient y croie. Le prix, le bullshit marketing et le remboursement partiel y contribuent fortement.

        Il faut aussi comprendre le point de vue du médecin. Il y a l’intérêt scientifique pur, certes, mais il y a aussi le pragmatisme des rapports humains. Vous êtes médecin, vous recevez en consultation un enfant avec sa mère un tantinet surprotectrice. Vous diagnostiquez un rhume parfaitement bénin qui ne nécessite pas d’antibiothérapie. Vous avez trois solutions :

        1/ Donnez des antibiotiques tout de même pour faire plaisir à maman. Vous êtes un mauvais médecin, mais ça existe.
        2/ Vous faites un bisou magique au bambin et vous expliquez à Maman que les antibiotiques ne sont pas nécessaires. Vous êtes un bon médecin, mais vous savez très bien d’expérience qu’à peine rentré chez elle, Maman ira récupérer quelques vieux cachets d’antibiotiques qui restent dans la pharmacie pour les donner à son rejeton. Parce qu’en tant que mère, « elle sait ».
        3/ Vous prescrivez de l’oscillococcinum. Le bambin reçoit son bisou magique, Maman est contente parce qu’ils disent à la télé que ça marche. Certes, vous avez engraissé un labo vendeur de placébo et creusé (un peu) le trou de la sécu.

        Quelle est la meilleure solution dans l’intérêt supérieur du patient, celui que tout médecin devrait considérer en priorité ? Certains considèrent que c’est la troisième. Ça se défend. :-/

        • Théo

          Effectivement vous rendez bien compte de la complexité de ces questions. Les préférences que l’on pourra avoir entre les trois propositions que vous faites relèvent vraiment du ressenti personnel, car il est difficile de prédire ce qui est le mieux d’un point de vue santé publique (quoique l’abus d’antibiotiques dans l’option n°1 conduit aux problèmes que l’on connaît).

          Pour ma part, sans être médecin pour autant, j’aurais tendance à préférer l’option n°2 avec une réelle dynamique de sensibilisation et d’information du patient (idéalement encouragée par l’État), quitte à avoir recours à l’option n°3 si le patient insiste vraiment, ce qui ne sera peut-être pas forcément aussi fréquent que ça !

        • Une mère pas très épatée du travail de la votre

          Qu’est-ce qu’on est sottes nous les mamans alors. C’est fou qu’on soit aussi stupides et ignares quand même! … Serait-ce par hasard parce qu’il existe encore des hommes qui justement préfèrent continuer de traiter les mères comme des pauvres simplettes, par exemple en leur mentant « pour leur bien »?

          • simbad

            Je pense que mère n’aurait pas du être employé, mais parent, le texte reste identique! (Pas « connerie spécifique aux mères! »

          • Théo

            Nous sommes évidemment du même avis que simbad.

  6. gattaca

    Boiron ne peut pas ignorer que pour qu’une préparation homéopathique puisse être mise sur le marché, il faut qu’elle prouve son inefficacité !
    Afin que les procédures de mise sur le marché soient minimes, il est admis que toute préparation ayant une dilution 4CH (dilution centésimale d’Hahneman) ne posera pas de problème puisque à cette dilution, il y a (mathématiquement) une molécule (qui potentiellement pourrait jouer un rôle) sur 100 millions (999 999 999 exactement) soit, en comparaison, un millilitre mis dans 100 m3.
    Si de plus, les utilisateurs connaissaient exactement la source des molécules « actives », ils fuiraient tous en courant par la Loi de contagion de la pensée magique !
    Certaines préparations sont à base d’extraits de fourmi rouge, de cafard, de crapaud, de veuve noire, de vipère …. pour celles là … passe encore mais d’autres sont à base de sécrétion anale de putois, de sérosités de vésicules de zona, sérosités de gale, des extraits de chancre syphilitique, des extraits d’amygdales infectées, crachats de coquelucheux, pus urétral de blennorragie !
    Pour les connaisseurs, à une dilution 12 CH, on dépasse le nombre d’Avogadro !
    L’oscillococcinum va jusqu’à 200 CH… cela dépasse l’entendement humain !
    Comme disait Einstein, « deux choses sont infinies, l’univers et la bêtise humaine, mais en ce qui concerne l’univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

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